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A ton âge, il y a des filles qui sont plus loin dans la vie

Le 20 novembre 2014, 23:38 dans Humeurs 0

Minuit trente à une festivité en ville, un soir d’été

 

J’ai 32 ans, 3 mois et 6 semaines lorsqu’on me rappelle avec la subtilité d’un yak que notre société est engluée dans un fatras de normes et de conventions. Si vous avez passé le cap des 30 ans, ne perdez pas votre temps à vous tartiner de crèmes miraculo-raffermissantes anti-rides et ridules. Ne vous éparpillez pas en activités futiles comme la lecture d’un essai, la gestion d’un projet pro ou encore la comparaison de devis pour l’installation d’une chaudière à micro-génération (et oui, ça en jette hein). Pure perte de temps. Une mission hautement stratégique vous attend...

Mon interlocuteur (trentenaire également et par ailleurs soucieux de se montrer trèèèèès sympathique avec moi) me lance entre deux bières plates servies dans des gobelets de plastique: “A ton âge,  il y a des filles qui sont plus loin dans la vie.”


Plus loin? Où ça? Dans la vie? C’est quoi cette question digne de ma voisine Jeannine dont le fichu couvre toujours une mise en pli impeccablement laquée!? (Pour info, je n’ai pas de voisine Jeannine et je n’ai rien contre le prénom Jeanine; en revanche, les fichus…) Réponse à la question: “Ben, oui, t’as pas d’enfant.”

Serais-je donc une looseuse? A 32 ans qu’ai-je bien pu manquer, ou pire rater, dans ma vie pour entrer dans la catégorie de celles qui ne sont pas loin? Il y a longtemps déjà, j’ai quitté l’unif’, la maison familiale, les jupes de ma mère (et mes jupes plissées), la petite pataugeoire à la piscine, les stabilisateurs de mon vélo deux roues, les Petit Gervais (enfin, pas tout à fait, j’avoue), etc.

Fort bien (pas de quoi s’en gargariser quand même), mais ce n’est pas ce que mon interlocuteur appelle “être loin dans la vie”. Parce que, à 32 ans, une “fille” (notez que le mot “femme” n’est pas employé…) DOIT avoir donné au moins une fois la vie. En bref, une “fille” bien sous tous rapports s’acquitte de sa mission de fille, celle pour laquelle elle est compétente par dessus tout. Celle pour laquelle elle est programmée dès son premier souffle. Ses projets, son mode de vie, ses choix, son job ne seraient donc que des considérations égocentriques qui n’ont pas leur place dans une conversation entre adultes équilibrés (avec un verre de bière plate en main ou pas d’ailleurs).

Vous me direz: enfanter? Ok, mais si on n’a pas rencontré de père potentiel? Aucune importance à partir du moment où vous avez soufflé vos 30 bougies. Ce n’est tout de même pas compliqué de trouver un géniteur au bord du chemin. Allons, allons, pas d’excuse bidon, SVP.

Car si vous en doutiez encore, sous prétexte d’avoir franchi le 21e siècle saine et sauve, une trentenaire est un produit périmé si elle n’a pas procréé. Et je ne parle même pas de ces trentenaires qui ne veulent tout bonnement pas trouver de père / géniteur / procréateur. Celles-là ne sont pas un produit périmé, non: elles sont carrément un produit à retirer des ventes au vu du danger qu’elles représentent pour les consommateurs.

Il y a des phrases assassines qui nous montrent que finalement le Moyen Age n’est pas si loin (tiens, encore un qui n’est pas très “loin dans le vie”) dans l’esprit étriqué de certains. Mais que nous (les girls, women, nanas, chicas, ladies, trentenaires) allons de l’avant. Et ce n’est pas une phrase assassine qui nous empêchera pas d’aller loin dans la vie. Mais surtout, allons là où nous le voulons!

 

Je pensais rencontrer une personne âgée

Le 18 novembre 2014, 11:31 dans Humeurs 0

 Costa Blanca, en tête-à-tête avec l’hôte de la compagnie de voyage

Au 21e siècle, on est encore un OVNI (objet voyageur non identifié) lorsqu’on est trentenaire et qu’on n’a emmené personne dans ses valises. Si vous voulez déguster du préjugé aussi salé qu’une morue séchée, vous allez être servi(e)s. Le lendemain de mon arrivée à l’hôtel (sur la Costa Blanca), je me rends au traditionnel rendez-vous d’accueil avec l’hôte de la compagnie de voyage. Et là, surprise: je découvre l’image mentale qu’il s’est construite de moi. Prenez mon âge et doublez-le. Vous voyez?

Avec des yeux d’un turquoise à faire pâlir la piscine la plus bleue de toute la costa, l’hôte de la compagnie de voyage aurait pu être d’un abord plutôt agréable s’il n’avait pas pris un air médusé (qui donne tout de suite moins de profondeur au regard) à mon arrivée dans le hall de l’hôtel. Perchée sur mes talons de 8 centimètres, lunettes de soleil plantées dans les cheveux, j’avance avec l’assurance d’une business woman. Je demande au jeune homme si c’est bien avec lui que j’ai rendez-vous. Sa réplique “Je pensais que vous étiez une personne âgée. C’est rare de voyager seule à votre âge.” ne laisse planer aucun doute. Il me confie qu’il s’attendait à rencontrer une grand-mère. Du haut de mes 8 centimètres de talons, je ne plane plus du tout.

Soit. Il n’y a as de quoi fouetter un poulpe. Je décide de profiter du rendez-vous où je suis seule : mon gentil hôte va donc me faire un exposé sur mesure des curiosités à découvrir à la Costa Blanca. Et surprise (encore une): il me remercie d’être trentenaire car cela lui offre l’occasion de décrire les bars à tapas tendance, la plage “to be” et même (accrochez-vous bien… à votre visa) les bons plans shopping.

Une poignée d’heures plus tard, c’est au “cameriere” (charmant lui aussi) du resto de l’hôtel de surenchérir: “You’re alone for holidays? Oh yeah, so just for relax!.” Il a tout compris. Chaque soir, je bénéficie de petites attentions, de mots gentils. L’employé est parfaitement drillé: une merveilleuse atmosphère de vacances doit me coller à la peau comme une protection solaire indice 40, jusqu’à mon départ.

C’est moins jojo avec les touristes de l’hôtel, ces “autres” pour qui vacances riment avec compagnie. Je note une forme de compassion mêlée de curiosité. Une curiosité qui me fait sentir comme un poisson rouge dans une chope d’eau destinée à être ingurgitée par un étudiant en période de baptême. C’est dire si je suis à l’aise!

Cela étant, mes vacances se révèlent fantastiques.

A partir d’une phrase pas si assassine que ça (ben oui, elle me rappelle que je suis jeune… encore), j’ai décidé de profiter de mon statut. J’ai accepté les petites attentions. Celles du cameriere avec ses conversations sympas. Ou encore celles du gérant des parasols de plage tout droit sorti d’un épisode d’Alerte à Malibu (série qui s’est ringardisée, je sais, mais je suis trentenaire, hein) qui s’inquiétait régulièrement de l’inclinaison de mon parasol.

Comme quoi, une petite phrase faussement assassine peut cacher de bonnes surprises pour autant qu’on sache les saisir.

L’hôtel vous a refusée

Le 15 novembre 2014, 19:18 dans Humeurs 2

Au téléphone, une semaine avant mon départ en vacances

Un hôtel qui ne veut pas de moi, on ne me l’avait jamais faite! Ces vacances, réservées, payées et rêvées, semblaient à portée de paréo quand l’annulation a surgi. Pourquoi? Non, l’hôtel ne s’est pas désintégré dans un incendie. Non, le Président des USA ne l’a pas réquisitionné. Non, je ne suis pas sous le coup d’une interdiction de quitter le territoire. Vous allez voir, la raison de mon éviction est beaucoup plus insidieuse.

Flashback… Le départ vers la Costa Del Sol s’annonce caliente. Le mois d’août pointe déjà ses 30 degrés (même dans nos contrées nordiques) au moment où je booke mes vacances. Un last minute, c’est grisant. Je déniche (enfin, l’agence me  déniche) un hôtel bord de plage et une chambre dotée d’un balcon avec vue sur mer. Une petite folie que je m’octroie en raison des mois éreintants qui viennent de s’écouler.

Au moment de confirmer la réservation, l’employée de l’agence précise: “Vu que vous partez dans une semaine, vous devez payer la totalité de votre voyage maintenant.” Pas de souci, je dégaine ma carte de banque et l’affaire est dans la valise. Sauf que la valise n’est pas encore bouclée…

Devant mes yeux flottent tapassangria y playa. Le bip du paiement électronique me fait atterrir. Le crash approche lorsque j’entends: “L’hôtel a 48 heures pour confirmer.
- Confirmer? Je viens de payer.
- Ah mais comme vous êtes single, l’hôtel peut refuser la réservation. Ne vous inquiétez pas: ça n’arrive presque jamais.”

Le “single” est donc une espèce à part pour le monde hôtelier. Sans doute est-il soupçonné de s’adonner à des razzias répétées (matin, midi et soir) sur le buffet du all in. Ou encore se rue-t-il sur la pompe à Heineken tout l’après-midi en bord de piscine. Pire, je parie qu’il débarque en slash dans le restaurant en se grattant le ventre qu’il a bien entendu laissé à l’air libre, température élevée oblige. Bref,j’ai beau réfléchir, je ne vois pas pourquoi l’hôtel ne m’accepterait pas. Je suis confiante.

Quelques jours plus tard, coup de téléphone, verdict: “Désolée, c’est revenu négatif. L’hôtel vous a refusée.” J’imagine qu’en l’espace de 48 heures, l’hôtel a dû trouver un charmant petit couple “aromatisé aux fines herbes” (comme dirait Anaïs) ou pire un couple qui se regarde dans le blanc des yeux, coincé à une table entre les plats de poulpes du buffet et le distributeur de jus d’ananas chimique, en se faisant royalement ch***. 

Mais… un couple, c’est plus rentable. Car oui, à l’inverse des fournisseurs d’électricité, des distributeurs télé et internet ou encore des impôts (qui sucent le single jusqu’à la moëlle), les hôtels eux préfèrent les couples. Tous les suppléments single (salés) du monde n’y changeront rien.

Et oui, en 2013, le single en vacances est une persona non grata. Le single en vacances, c’est trop la loose. Les réjouissances estivales n’échappent pas aux vieux moules à tartes de nos grand-mères. Car, sachez-le, les vacances sont réservées aux couples (amoureux si possible, en voyage de noces, c’est encore mieux: on leur offre souvent un mousseux bas de gamme) ou aux familles (étant entendues ici au sens “classique” du terme papa - maman - enfants).

Qu’à cela ne tienne, il en faut plus qu’une phrase assassine pour me décourager: j’ai réservé d’autres vacances. Là où on a bien voulu de moi, là où j’ai bénéficié de toutes les attentions. Car le single en vacances suscite aussi une forme de compassion. Mais ça, c’est une autre histoire…



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