Buffet campagnard  - un week end printanier

 

Ce dimanche-là, l’air est frais comme une pastille à la menthe. La lumière du ciel est si douce qu’on l’imagine filtrée par des blancs montés en neige. Bref, l’atmosphère bucolique et paisible invite à une délicate poésie. Oui mais... C’était sans compter sur la phrase assassine d’une jeune péronnelle se donnant des airs faussement candides.

Les célibataires, dans la trentaine ou la quarantaine, et la réputation qu’on leur prête: voilà le sujet dont je débats avec un copain de 42 ans. Si vous êtes célibataire, vous avez déjà dû remarquer subir les regards revolver qu’on vous jette lorsque vous arrivez seule à une soirée. Vos yeux ont beau crier: “T’inquiète pas poupoule, ton mec retient autant mon attention qu’un -10% en période de soldes.”, rien n’y fait. Vous êtes sacrée “vilaine prédatrice de la soirée”. Entrer non accompagnée dans une salle n’est pas forcément évident. Mais quand vous savez qu’on vous fusillera d’un regard aussi glacial que celui d’un gambas sorti du congélo, je comprends que certaines finissent par se priver de sorties en solo (mauvaise idée) ou choisir d’être mal accompagnée (encore plus mauvaise idée).

 

Autre cliché élimé par la clique de représentants de la pensée “j’ai-un-avis-sur-tout-et-en-particulier-sur-l’intimité-des-autres”: un(e) célibataire ne connaît qu’une saison, celle de la chasse. Et apparemment, la/e célibataire tire sur tout ce qui bouge (mais quel chasseur de seconde zone!). Que ce soit clair pour tout le monde - et surtout pour les jaloux(ses) chroniques:attraper un porcelet tenu en laisse dans un enclos, ce n’est pas de la chasse.

 

La suspicion est dans votre sillage parce que vous êtes seul(e), non accompagné(e) et sans alibi! Bref, la conversation en est à ce point, lorsque drapée dans un petit chandail couleur pomme-de-terre non épluchée et non lavée, une jeune fille (qui a néanmoins déjà vécu plus que ce que vivent les roses) vous interrompt : “Il n’y a pas de fumée sans feu. Si on vous prête une réputation sulfureuse, ce n’est pas sans raison.”

 

Mon cerveau primitif m’entraîne illico vers cette pensée : “C’est sûr qu’avec ton accoutrement, jamais on ne t’affublera de réputation sulfureuse. Je te suggère vivement d’entamer des démarches pour un relooking. Et va chez le coiffeur aussi. Ensuite, on discutera de ce qui est ou non perçu comme sulfureux.” Avant que je n’aie le temps de partager cette réflexion ô combien profonde et constructive, le copain avec lequel je discute conteste et argumente calmement. Si bien que cette fille, sortie de nulle part, accapare une conversation... qui s’étiole.

 

Est-il possible que notre société soit encore pétrie de préjugés tout droit sortis du 19e siècle (même dans le tête d’une jeune fille de 23 ans)? En tout cas, ce qui ne s’étiole absolument pas, c’est ma volonté de crier haut et fort que “Nom d’une paire de Louboutins, arrêtez de ternir la réputation de personnes qui n’ont même pas envie d’aller voir dans votre jardin! Et... open your mind (juste un petit peu, ce serait déjà un grand pas, même avec des Louboutins aux talons vertigineux).”

 

Et donc, pour lutter contre les mentalités rétrogrades, je continuerai à arriver seule en soirée. Je continuerai à faire ma petite entrée tout sourire malgré la récolte de quelques regards jetés au visage comme une serpillière souillée. Car le coup du “Si on vous prête une réputation sulfureuse, ce n’est pas sans raison.” me donne l’énergie et la détermination d’une guerrière (exit les Louboutins, welcome les combat shoes). Certaines phrases assassines vous font prendre conscience qu’à votre manière, vous militez pour la liberté de choisir votre mode de vie et au diable les préjugés!